voyage en normalie

il y a très longtemps, j’avais pu faire un voyage dans le milieu carcéral, et aujourd’hui, j’ai eu l’occasion de me replonger dans ce milieu: avec le groupe/atelier de jazz manouche dont je fais partie, nous avons été convié à jouer pour des détenus.

l’idée m’a plu. une expérience, un public nouveau, jouer dans d’autres conditions qu’une scène normale. donc nous nous sommes retrouvés en début d’après midi sur le parking d’un centre de détention assez moderne, et la bénévole qui s’occupe du foyer socio-culturel nous attendais pour nous faire rentrer. les consignes nous avaient été précisées auparavant: pas de téléphone, inventaire précis du matériel amené. comme nous jouions en acoustique, pour moi c’était guitare acoustique, support guitare et médiators (Niglo, bien sur). plus la carte d’identité dont une photocopie avait été adressée à l’administration pénitentiaire.

alors nous avons attendu un peu devant une porte à l’entrée avec des vitres teintées, passé nos cartes dans le sas , style carte bleue de station service, et nous sommes rentré dans une pièce avec des casiers où l’on nous a demandé de laisser nos clefs, portefeuille et objets métalliques. puis nous avons passé nos guitares par le scanner à rayon x, enlevé ceintures, blousons et chaussures pour passer le sas détecteur de métaux avant de pénétrer dans une autre pièce par un tourniquet. ensuite, une fois rassemblé, nous sommes partis dans le centre, passant dans des cours grillagées et barbelées, passant une dizaine de portes, attendant que la précédente soit fermée pour ouvrir la suivante, en compagnie de gardiens aussi souriants que les lieux. puis nous sommes arrivé au centre socio-culturel. la bénévole nous avait prévenu: les gardiens en bleu et les autres, des détenus.

pas de gardiens, mais 3 ou 4 détenus qui attendent, tous entre 20 et 50 ans environ. poignées de main, sourires, comment ça va, merci et vous, banalités surréalistes. il y a un détenu un peu extraverti qui était là avec une guitare et un cajon, cet instrument de percussion qu’on voit dans le flamenco. « extraverti » se présente avec un grand sourire nous dit qu’il est batteur percu et qu’il anime un atelier. un autre détenu, l’air d’un délégué syndical réservé, un livre à la main discute avec nous. il y a quelque chose d’étrange dans cette scène. nous discutons sans préjugé, nous ne savons rien d’eux, de leur peine, de ce qui les a amené ici. mais finalement on s’en fout. ce sont des êtres humains et des spectateurs. point barre.

ensuite nous nous installons dans la salle surchauffée, une sorte de gros cube aussi haut que large, et une trentaine de détenus, hommes et femmes vont venir. le surveillant est dans une pièce en face. nous sommes seuls avec les détenus. mais c’est presque normal. le public et nous. il n’y a qu’une trentaine de spectateurs, car faute de personnel, le directeur n’a pas voulu qu’il y en ait plus. alors nous commençons le show, et si nous sommes un peu crispés, les détenus sont assez timides. puis au fur et à mesure, l’ambiance va se détendre, « extraverti » va se joindre à nous sur certains morceaux. et nous échangeons des regards, des sourires avec les spectateurs, et l’ambiance est vraiment sympathique. tout en jouant je regarde le public. quelques bonshommes sympas, un type très réservé (un timide en fait), des regards curieux qui découvrent le jazz manouche, et pris par l’ambiance, qui tapent dans les mains. parmi les détenues, je vois 3 jeunes belles femmes. je me dis « mais qu’est ce qu’elles foutent ici? » je ne le saurais qu’en sortant pour 2 d’entre elles. nous finissons le show sous les applaudissements nourris, et ensuite nous accompagnons la chorale des détenu(e)s qui interprète un morceau. ensuite à la fin, on nous demande encore un morceau. nous improvisons « oyé como va » et je termine le morceau dans un dialogue avec « extraverti » qui fait un numéro talentueux sur son cajon. heureux, à la fin, nous échangeons un « check ». ensuite, moment privilégié, discussions, remerciements, poignées de mains avec tous les détenu(e)s. leur mercis chaleureux nous touchent.

puis on range, on repart, on repasse une dizaine de porte pour nous retrouver dehors, avec un sentiment étrange. envie de revenir, mais quand même un gout étrange. en buvant le coup de l’amitié sur le parking, nous apprenons que la plus part sont des longues peines, les 2 belles filles  pour des faits de terrorisme. et pourtant, en face de nous, nous avions des gens comme vous et moi, qui ont basculé un jour, mais nous n’avons pas à juger. nous ne savons rien d’eux et c’est tant mieux. nous avons apporté quelques instants de bonheur, tout au moins nous l’espérons, à des êtres humains.

tout le reste n’est que futilité.

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